Rétrospective

Janvier en apnée …

J’étais un spectre de chair et d’os, ne sortant que la nuit, redoutant la pluie diurne, célébrant les bourrasques sifflant dans le noir. J’étais invisible. J’étais impuissante. J’étais une fille au teint rendu livide par l’écran d’ordinateur. Je n’écrivais pas, je dessinais, par-ci, par-là, des pendus en quelques traits. Janvier, le long mois qui vient le premier, mais qui ne vient toujours qu’après…

 

Je donne l’air d’avoir vu et lu tant de choses. Tant de choses pour faire tampon entre moi et moi.

Le premier film de l’année était un Franju, Les yeux sans visage. Je n’ai pas eu peur, j’ai aimé, j’ai trouvé qu’il valait toujours largement la peine. Le premier livre, c’était L’Homme surnuméraire, de Patrice Jean. On m’a dit, « c’est le livre de l’année », de quelle année, je ne savais plus. J’ai aimé, admiré, l’insolence de Patrice Jean, sa justesse, j’ai seulement regretté que la fin soit ratée.

 

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Ensuite ? Il fallait nourrir, meubler, combler, affronter, se dresser contre le silence. J’ai vu Two days in Paris, de et avec la super charmante Julie Delpy. J’ai vu La Dolce Vita, j’en ai pleuré. Ici non plus, on ne s’entend plus. J’ai revu Sunset Boulevard, confirmé qu’il était parmi mes films préférés. Et pour lui faire pendant, le très peu politiquement correct LA Confidential, avec le diable Kevin Spacey. Je ne suis pas faite pour les films d’action.

J’ai vu Le facteur sonne toujours deux fois, où Lana Turner est vêtue de blanc du début à la fin, soit-disant pour la rendre plus angélique. Peine perdue, heureusement.

J’ai continué à lire Sandor Marai, Divorce à Buda, pour ne pas oublier la Mitteleuropa qui bat tout près de mon coeur.

J’ai lu le livre dont tout le monde parle, Éparse, de Lisa Balavoine, je n’ai pas été déçue.

Et j’ai rallumé les écrans. En voyant Les Enchaînés où Ingrid Bergman vole la vedette à Hitchcock lui-même, je me suis demandée si les gens, les lecteurs, les cinéphiles, avaient un « Top 3 Hitchcockien » en tête, et si les variations étaient grandes entre les individus. Je donnerai le mien un de ces jours. La question est revenue quand j’ai vu Les 39 marches.

  • Fenêtre sur cour
  • Vertigo
  • La Corde

Voilà, vous savez tout.

 

Un autre jour, en plein mois de janvier diluvien, j’en ai eu assez de Paris, j’étais prête à prendre un train ou un avion pour n’importe où. J’ai regardé Midnight in Paris de Woody Allen, et j’ai respiré de nouveau. Ce film est léger et magique, il dénotait tellement avec la météo. Pour faire la paire, j’ai vu To Rome with Love, et j’avais envie de partir pour Rome.

 

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J’ai vu un film que je m’attendais à détester, Respire, et je l’ai trouvé bon. J’ai aimé le travail des ambiances, la violence nue qui se dégageait de certains dialogues, le jeu des jeunes actrices…

Toujours dans l’espoir de redorer le blason du cinéma français, j’ai vu Camille redouble, qui n’était vraiment pas mal du tout. Variation sur le thème du voyage dans le temps, avec des émotions simples, sobres, et justes.

 

Mais devant Voici le temps des assassins, j’ai pensé, Duvivier est grand.

Devant J’ai le droit de vivre, j’ai pensé, jamais rien ne surpassera Fritz Lang.

Je suis incorrigible. J’ai lu le roman très expérimental de Jean Reverzy, Le Corridor, que je recommande vraiment, pour l’expérience, pour la prise de pouvoir de la matière inerte sur les corps, pour l’exploit littéraire.

 

J’ai vu The Grand Budapest Hotel, je n’ai pas été embarquée, mais je me suis dit que le monde d’aujourd’hui devait beaucoup au cinéma de Wes Anderson.

Je suis revenue à Sagan pour Le lit défait, qui n’est pas son meilleur roman, mais dont les personnages me hantent encore gentiment. Ce doit être bon signe. À mes yeux, ses trois meilleurs romans, puisqu’on en est là, sont Aimez-vous Brahms, La Chamade et La Femme fardée, dans le désordre.

J’ai encore vu des films, parce qu’il pleuvait. Comme au début de La Comtesse aux pieds nus. Grâce soit rendue à Joseph Mankiewicz et Ava Gardner.

Comme au début de La Vénus à la fourrure, de Roman Polanski, où Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric sont absolument renversants.

Dans Lost in Translation, il ne pleut pas, mais Bill Murray est pire qu’émouvant. Dans La Femme sur la Lune (exploit technique et cinématographique), il ne pleut pas non plus, mais cela ne m’a pas empêchée de pleurer à la fin. Jamais rien ne surpassera Fritz Lang.

 

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J’ai lu Sans Picasso, le petit livre consacré à Dora Maar par Stéphan Lévy-Kunst, résolument réussi.

J’ai lu le très dur Jan Karski de Yannick Haenel. Il faut le relire, au regard de l’actualité

 

Enfin, si vous voulez vous la jouer au café, lisez Glissements progressifs du réel de Diane Arnaud, qui parle avec un chic consommé des « faux réveils » au cinéma.

 

Il pleut encore.

« Le fleuve est pareil à ma peine

Il s’écoule et ne tarit pas »

 

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Un commentaire sur “Janvier en apnée …

  1. Bonjour Marie (excusez ma familiarité si elle vous choque).
    Le vieil homme que je suis éprouve l’envie de prendre dans ses bras une petite fille très triste juste pour lui dire, en lui caressant les cheveux, « ce n’est rien ma belle, demain il fera soleil ».
    Ou peut-être que je vous ai mal lu.

    Aimé par 1 personne

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