Rétrospective

Il était beau, l’automne, à Vienne …

En novembre, je n’ai pas passé tout mon temps à Vienne, ni dans les cafés, ni dans les musées, mais tout de même, c’est tout comme.

J’ai lu des livres qui semblent avoir un vague rapport avec. Le Malaise dans la civilisation, toujours indispensable, et surtout, L’Avenir d’une illusion, concis, incomplet, mais exaltant et essentiel pour toute critique du dogmatisme religieux et du dogmatisme scientiste.

Une curiosité de grande valeur est Metropolis, le roman de Thea von Harbou par lequel tout a commencé. On le trouve dans une traduction française en version électronique.

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J’ai lu C’en est fini de moi, d’Alfred Hayes, un livre dans lequel un homme souffle sur sa vie comme sur un tas de cendres.

J’ai relu le Contrat Social, aussi bon et appréciable qu’une boîte de Doliprane en hiver.

J’ai lu un livre génial d’un auteur génial, qui me pousserait presque à employer un adjectif détestable : « jubilatoire ». C’est L’énigme Tolstoïevski de Pierre Bayard.

J’ai lu Marguerite Duras, et je me suis aperçue que l’on pouvait lire Marguerite Duras. En particulier, Le ravissement de Lol V Stein, m’a tenu compagnie près des nuages, comme en rêve. Et puis pour le snobisme de la chose, La Maladie de la mort dans une édition bilingue français/allemand, traduction de Peter Handke. Ouais. J’ai senti mon petit coeur se serrer en lisant :

Sie sagen ihr, si möchen es versuchen, vielleicht tagelang.

Vielleicht wochenlang.

Vielleicht ein Leben lang.

Sie fragt ; was versuchen ? 

Sie sagen ; zu lieben.

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Et à Vienne, il pleuvait de la neige.

J’ai vu des films à m’en faire tourner la tête.

J’ai débattu avec moi-même sur la question : faut-il préférer Othello ou Macbeth d’Orson Welles ? J’ai choisi Macbeth. Non, Othello. Non, Macbeth. Non, …

Dans La splendeur des Amberson, j’ai vu une remarquable scène de mort et des plans à se damner.

J’ai revu Souviens-toi l’été dernier. Bon. Ce film m’avait fait peur quand j’avais douze ans. Si vous vous trouvez dans le même cas, restez sur votre frayeur.

Le Testament du Dr Mabuse, alors ça, c’était vraiment bien. J’ai maintenant quatre photographies de Fritz Lang punaisées au mur.

J’ai vu The Honeymoon Killers. Mes commentaires bavards vous ont peut-être donné envie. Peut-être pas.

 

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J’ai vu Der müde Tod, en français, Les trois lumières, un muet de Fritz Lang extrêmement beau, dont on hésite à tirer la morale. Mais penser que ces images sont presque centenaires, cela suffit à se sentir tout petit. J’insiste, il vaut la peine. J’ai lu des volumes d’entretiens avec Lang, essentiellement en anglais. J’ai vu The Big Heat avec Glenn Ford dans un rôle incroyable, Ministry of Fear (Espions sur la Tamise) et l’exaltant Man Hunt – avec Georges Sanders dans le rôle du grand méchant et Joan Bennett dans un rôle ébouriffant.

J’ai vu Cat People de Jacques Tourneur. Oubliez le remake, tout de suite. L’original est mélancolique, angoissant, implacable… Si proche de l’inquiétante étrangeté qui m’est familière, si proche du sentiment d’être habité par l’autre, qui dort, se réveille et peut tuer.

Le Procès, toujours par Orson Welles : la mise en scène de tous les cauchemars possibles, et bien d’autres.

Shadowing the Third Man, le documentaire / making-of du Troisième Homme, pour les fanatiques, pour ceux qui savent déjà qu’un cinéma, à Vienne, joue tous les jours Le Troisième Homme, est un détour obligé.

Pour les admirateurs de Bette Davis, je conseille chaleureusement Hush, hush, sweet Charlotte de Robert Aldrich. C’est plein de Bette Davis dans toute sa splendeur, enfantine, boudeuse, grandiose, diva, paranoïaque, insupportable, émouvante, et bla-bla-bla… Il y a aussi Olivia de Havilland dans un rôle de méchante, et l’inoubliable Joseph Cotten. Et des seconds rôles hilarants. Et une jolie chanson entêtante. Et du pop-corn, si vous y tenez !

Ensuite, mon partner in crime et moi avons fait un détour inévitable par le monde des vampires. C’était en revenant du cimetière central. Pour situer. J’ai revu pour la dixième fois le Nosferatu de Murnau, l’origine de tous mes maux et émois, dans une restauration très réussie. J’ai revu Vampyr de Carl Dreyer, toujours horrifiant, et puis le remake de Nosferatu par Herzog, totalement bizarre, totalement bordélique, mais on peut y voir Isabelle Adjani dans toute la beauté de sa personne.

 

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J’ai revu Suspiria de Dario Argento. On a toujours envie de revoir Suspiria.

Et j’ai vu, au cinéma, avec un pianiste, The Marriage Circle, une comédie de Lubitsch inspirée vaguement de La Ronde. C’était au Film Museum, la salle était pleine, et pas seulement de personnes ayant connu la télé en noir et blanc. C’était, je crois, ce qu’on appelle une expérience inoubliable. Ou bien, un beau souvenir. C’est le genre de choses que l’on écrit sur les cartes postales.

Sur une carte postale envoyée de Vienne, je parlerais aussi de l’exposition Rubens, au Kunsthistorisches Museum, qui m’a mise K-O. Des photographies d’Olga Chernysheva exposée à la Sécession, des Kiefer, de l’exposition des encres de Victor Hugo au Leopold, de Georg Baselitz, et d’une installation formidable, toujours au Leopold, The City Lost, par Kay Walkowiak. Et puis, et puis, … Le reste, pour mon journal intime !

 

Je parle trop rarement de musique dans ces bouteilles à la mer, cette fois-ci, je signale

Rest, le dernier Charlotte Gainsbourg, album hommage à sa soeur Kate Barry, très beau, élégiaque et sobre à la fois,

As you were, de Liam Gallagher, qui continue de faire du Oasis, parfois en mieux, plus rarement en moins bien,

et Sad Moon Rising, du Black Palms Orchestra, un groupe autrichien sur lequel j’aimerais qu’un projecteur s’allume.

 

 

 

« I believe that it is a necessity to fight destiny. (…) I ran away from home. Every human being should do that. »

Fritz Lang

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