Littérature francophone

Mon dimanche avec Frédéric Schiffter …

Quand j’avais quinze ans, l’un des premiers jeunes hommes qui aient fait battre mon coeur avait joué dans un court-métrage intitulé « Les journées perdues ».

Frédéric Schiffter n’a rien à voir avec mes quinze ans, ni avec ce jeune homme, moins encore avec ce petit film oublié.

J’ai passé ce dimanche à Biarritz, en automne, sous des arbres dénudés, pessimistes.

 

« La supériorité du travailleur intellectuel sur le travailleur manuel c’est qu’il ne sifflote pas quand il lit ou quand il écrit. »

 

« Je n’aime pas le monde. Je ne le déteste pas non plus. Je m’y sens déplacé. »

 

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« Je trouve réellement de l’agrément à regarder la télévision, en particulier les séries policières françaises.

Comme elles sont tournées en province, je découvre les paysages où se déroulent les intrigues. C’est moins instructif qu’un reportage de l’émission Des racines et des ailes mais j’en apprends quand même sur la géographie de la France. À vrai dire, ce sont les fliquettes qui m’intéressent. Non les battantes, mais les silencieuses porteuses d’un drame intime. Le chagrin ajoute à leur joliesse. Je suis amoureux. J’aimerais être leur collègue rien que pour entrer dans leur bureau et leur dire : « Un café, capitaine ? ». »

 

 

« Les chasseurs de nouveaux horizons me rasent. Les rebelles me lassent. La vraie vie est ailleurs ? Qu’ils y aillent. »

 

« J’ai toujours eu le plus grand mépris pour les types qui parlent de sexe, comme on dit, que ce soit en général ou pour évoquer leurs propres ébats ou, pire encore, leurs prouesses. Je me rappelle la fois où je rencontrai dans la rue un ancien camarade de l’école primaire, devenu un notable biarrot, qui, alors que nous nous étions perdus de vue depuis des années, s’empressa de me donner des nouvelles de sa santé libidinale. »

 

« D’abord méthodique et très vite bordélique. Cela pourrait être la devise de toute ma vie. »

 

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« Pourquoi la journée m’attendrait-elle ? En quoi lui serais-je utile ? Qu’elle ne compte pas sur moi. »

 

 

« Quand le ressentiment aspire à la grandeur héroïque, ou au martyre, l’ère des carnages commence. »

« Si Dieu existait, il nous épargnerait le fanatisme, ce scepticisme mal vécu. »

« Enseignons-leur nos valeurs et les terroristes deviendront Charlie, c’est-à-dire mieux que des bons citoyens: des citoyens bons. Terrifiante bêtise qui consiste à imaginer que la pensée engendre les actes. »

 

 

« Les objets sont affectés d’une âme, mais lourde, si lourde qu’elle les soustrait au mouvement du temps. Je comprends bien le phénomène. Je suis frappé de la même malédiction. Inerte sur mon canapé, je me fais l’effet d’être une grosse horloge au balancier bloqué par l’ennui. »

« Quelle que soit l’heure de la journée, je suis inquiet. L’inquiétude me chatouille ou me gratouille depuis toujours. Déjà dans le ventre de ma mère, j’éprouvais un mauvais pressentiment... »

« Plus le temps passe, plus je me rousseauise. Je veux dire qu’avec l’âge je préfère la compagnies végétaux à celle de mes semblables. »

 

« Comme Caraco et Cioran, j’appartiens à une obédience spirituelle appelée gnosticisme vulgaire qui se caractérise par une foi inébranlable en un Dieu auteur de ce monde mais incompétent et en proie à une psychose maniaco-dépressive – une foi qui explique par là même l’absurdité de tout ce qui arrive ici-bas, où le meilleur se mêle au pire, l’heureux au malheureux, le beau au laid, etc. Bien sûr, il m’est impossible de rendre un culte à ce Créateur tellement Il est nul. Au lieu de Le prier, je m’adonne au plaisir des imprécations contre Ses ratages. »

« Quand on est vieux, on n’a plus qu’une éthique : l’auto-taxidermie. »

 

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« Sénèque dit qu’avant de sortir de chez soi, il faut se rappeler qu’au-dehors les déments tiennent la rue et qu’on doit s’attendre à être à tout moment hélé, bousculé ou insulté. »

« Enfant, adolescent, jeune homme, je me battais. Je cognais dur, même si, le plus souvent, je n’avais pas le dessus. Aux types plus grands ou plus balaises que moi je disais : « Tu vas me casser la gueule, mais tu vas avoir très mal. » J’ai eu des cocards et pissé le sang. Jamais rien de grave. »

 

 

Frédéric Schiffter, Journées perdues, chez Séguier, éditeur de curiosités …

 

 

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3 commentaires sur “Mon dimanche avec Frédéric Schiffter …

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