Littérature francophone

Silence, ça tourne ! La zone des murmures, de Natacha Nisic

Pour trois jours et deux nuits, Lise et Frankie abandonnent leur agence web parisienne pour une zone déserte et escarpée des Alpes de Hautes Provence. Les Alpes, rien qu’en les nommant, se dressent devant nous, menaçantes, immenses, dévoreuses. Le paysage vient compléter ce duo téméraire : un troisième personnage, invisible et omniprésent, trompeur, hostile.

La règle qu’ils se sont fixée : pas d’appareil connecté. Seulement un appareil photo. De quoi laisser le champ libre à la dispute entre réel et virtuel. Et l’immortaliser, si possible, si l’on ose.

Natacha Nisic, auteur remarqué du Tatouage d’Éléonore (Castor Astral, 1999) et de La Tentation de Lazar (L’Âge d’Homme, 1998)  promet une fois de plus de jouer avec nos sensations, de semer le trouble dans l’esprit du lecteur, hors des sentiers balisés, au sens propre comme au figuré. Grâce à un jeu narratif habilement tissé, il n’y a pas besoin de sous-titres, de sous-entendus ou de sous-texte : les mots, comme les protagonistes, livrés à eux-mêmes, se parlent, monologuent, se répondent, se coupent la parole, crient, délirent…

La nature est plus forte que nous, se joue de nous, surtout quand nous acceptons de nous y confronter à la loyale, sans GPS.

Il y a dans La zone des murmures, dans le dispositif narratif, dans le déroulé des événements, un aspect cinématographique, qui n’est pas sans rappeler The Blair Witch Project. Quoi de plus réjouissant que de voir des mots, réveiller des phobies, faire sonner des échos sourds, instiller le doute ? Trois jours, deux nuits, un avis de recherche. Qui sont les disparus ? Le sont-ils vraiment ?

La zone des murmures crée sa propre ambiance : un style calibré, une intrigue qui ne trébuche pas, tout est à sa place dans ce micro-monde pas si désertique.

 

 

zone-des-murmures.jpg

 

 

La zone des murmures, Natacha Nisic – Tohu-Bohu Éditions, 296 pages.

« Je rêve de dragons volants et d’oiseaux aux grandes ailes plates qui me transporteraient jusqu’à toi. Je rêve d’arcs-en-ciel dessinés à la craie, d’orages noirs et de déserts de pierre… d’un piano muet et de vampires rassasiés sous la pluie… de ta mort sous forme de légende. Le jour revient, et le doute avec. »

 

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