Littérature francophone

Pourquoi je n’ai pas aimé … La Disparition de Josef Mengele

Olivier Guez aurait fait un fabuleux réalisateur de documentaire. Il tenait un bon sujet, dans un décor épique, avec des personnages fantomatiques, manichéens et exotiques. La fuite en Amérique du Sud du médecin d’Auschwitz, au surnom romantique d’ « ange de la mort », ses tentatives de recréer du lien social avec la petite colonie d’expatriés, dont Adolf Eichmann, jugé vulgaire et tapageur par ledit ange, ses pensées les plus profondes, son absence de regrets, son désir d’Allemagne et de revoir son fils, tout cela formait un film dont la bobine, teintée des couleurs graves de l’Histoire, se déroulait déjà élégamment.

Olivier Guez a voulu en faire un roman. Josef Mengele, si arrogant, si sûr de lui, si fier, si machiavélique, se retrouve donc personnage principal, trituré par la plume d’un écrivain bavard, prétexte à un roman qui raflerait quelques prix rien que pour son sujet.

Jusqu’à sa deuxième partie, intitulée « Le rat », le roman tient la route, le style est vif et les péripéties bien enchâssées au récit officiel. Ensuite, le ciel se gâte. Olivier Guez se drape dans les habits du procureur. La suite du récit est contemporaine du procès Eichmann. Josef Mengele, vieillissant et paranoïaque, a à ses trousses un redoutable moraliste, paraphrasant avec vigueur les discours des premiers chasseurs de nazis, et condamnant avec un courage dont il s’emplit les poumons et enfle son style, les crimes contre l’humanité, H majuscule, de son si joli protagoniste.

Évidemment, il n’est pas facile d’écrire un roman dont tout le monde connaît déjà la chute. On reconnaîtra donc à l’auteur l’exactitude et la profusion des sources et le mérite d’avoir peint ce tableau qui demeurait pour beaucoup à l’état de simple constat : « Mengele a tenté de se cacher en Amérique du Sud ».

Reste qu’un grand sujet ne fait pas un grand livre. Se dispensant souvent du bon goût, nombre de romanciers saisissent la trop belle occasion, se servent dans la grande plaie suintante du XXème siècle, et racontent des histoires de vilains nazis pour rappeler, dans un orgasme moral, que le Mal est immortel, que l’homme est un loup pour l’homme, que le nazisme n’est qu’un avatar de l’horreur dont sont capables les hommes, que le ventre de la Bête, etc.

Parmi les nombreuses références convoquées par Olivier Guez dans sa bibliographie finale, certaines sont de véritables mines documentaires, d’autres des cheveux sur la soupe. Était-il bien nécessaire de relire L’Enfer de Dante et La Métamorphose pour conclure en ces termes : « Méfiance, l’homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes. » ..?

 

9782246855873-001-T

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2 commentaires sur “Pourquoi je n’ai pas aimé … La Disparition de Josef Mengele

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