Littérature francophone

L’orageux destin d’Alain Delon …

Stéphane Guibourgé, romancier déjà remarqué, appelle cela « les illusions mouchées », une manière élégante de passer toujours un petit peu à côté de ses rêves. Il voit la carrière d’Alain Delon comme jalonnée de ces éraflures. Dans les années 1930, quand Alain voit le jour près de Sceaux, son père Fabien est propriétaire d’un cinéma et sa mère ouvreuse, rêvant d’être actrice. Puis survient le divorce. Le jeune garçon a quatre ans, il fait l’apprentissage de la solitude, constate la disparition de la tendresse. L’auteur lui offre d’emblée, en fiction, une place dans sa propre famille. C’est le début d’un ouvrage mêlé de biographie sublimée et de morceaux intimes supposés s’épouser. Le destin des légendes du cinéma appartient-il réellement à tout le monde ? Alain Delon, comme son alter-ego féminin Brigitte Bardot, l’ont payé très cher de leur personne.

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Delon jeune est ami avec le fils des gardiens de la prison de Fresnes, c’est son premier contact avec le monde des voyous. Il assiste, de l’autre côté du mur, à l’exécution de Laval.

En 1956, poussé par Brigitte Auber, il fait ses débuts au cinéma. D’abord, ce n’est pas son truc, ni même un rêve, il joue pour faire plaisir, pour ne pas décevoir ; et puis il ne joue pas vraiment, il incarne. Le magnétisme, le regard aiguisé de ses personnages, leur manière d’envahir, de dévorer l’écran, sont siennes en dehors des plateaux. « Son rêve était d’être un garçon comme les autres » raconte Giovanni Testoni. Et encore, « je suis certain qu’aujourd’hui, son rêve le plus profond est d’être oublié ». En attendant l’oubli, Alain Delon est le favori de Visconti, qui tyrannise habituellement l’ensemble de son équipe. Dans Rocco et ses frères, puis dans Le Guépard, les deux hommes se comprennent.

On parle un peu de Delon collectionneur d’art, depuis 1970 et son premier achat, un dessin de Jacques Calot. Passionné par les grands du XIXème, Millet, Géricault et Delacroix, son regard est aussi sûr quand il se tourne vers les contemporains et l’abstrait, Soulages, Dubuffet, De Staël, Hartung…

Des « illusions mouchées », il en rencontre encore, au faîte de sa gloire. Il n’épouse pas Romy Schneider mais Nathalie. Il s’embarque pour Hollywood mais ne tourne pas l’adaptation de Drieu la Rochelle (L’Homme à cheval) par Peckinpah, il revient en France bredouille, mais s’en remettra. Son ambition était de laisser le vieux continent à Belmondo et de s’emparer des États-Unis, tant pis. Lié d’amitié avec le producteur Bob Evans, il lui présente Madame Claude lors d’une visite à Paris. Welcome back !

La mélancolie d’Alain Delon est un livre sous la pluie. Gris lumineux comme un ciel après l’orage.

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Stéphane Guibourgé, La mélancolie d’Alain Delon – Pierre-Guillaume de Roux, 191 pages

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