Littérature francophone

Un souvenir de Noël en Suisse …

Les derniers jours de l’année, dans la capitale vaudoise, les rues sont bercées par des chants de Noël, interprétés par les impeccables volontaires de l’Armée du Salut. Les places sont envahies de cabanons traditionnels, on sent les marrons grillés, la fondue, la réglisse et le pain d’épices. Les cheminées fument, les sommets sont blancs, et contrairement à ce que dit la rumeur, les Suisses ne passent pas leur temps à acheter des montres et des sacs Hermès pour transporter leurs lingots.

Ils achètent, ô surprise ! des livres.

À Lausanne, place Pépinet, la grande librairie Payot est aussi bondée que les Galeries Lafayette doivent l’être à Paris un 23 décembre à 18 heures. Cette sempiternelle bousculade est l’occasion de revenir sur les dernières parutions romandes, dont nous pouvons déplorer l’absence relative dans nos librairies. Et de remarquer que les auteurs suisses, en 2016, ont eu à coeur de voyager.

Dans l’ouvrage collectif La Suisse est un village, c’est dans des contrées aussi exotiques que Martigny, Schaffhouse, Morges ou Porrentruy que nous embarquent les auteurs locaux, attachés d’une manière ou d’une autre, mais bien attachés, à ce grand village.

De Genève, on prendra un avion régional, un petit engin à hélices, pour atterrir à Venise, qui inspire ou n’inspira pas l’auteur de Trois saisons à Venise, Mathias Zsohkke. Le romancier alémanique raconte sa propre « mort » à Venise. Il est l’invité d’une fondation et habite un appartement du centre ville ; toutes les richesses vénitiennes s’offrent à lui et le happent. Il n’écrira aucune ligne, puisque tout est, était, déjà là.

Que tout soit déjà là, sous nos yeux, quelque part en Europe, c’est l’idée du journaliste Jacques Pilet qui signe avec Polonaises sa première incursion dans le genre romanesque. La Pologne, l’Ukraine, l’Italie, les déchirements politiques du XXème siècle, les anciennes régions de Silésie, Poméranie, Bessarabie sont incarnés par quatre femmes rebelles, décidées à se sortir du pétrin par le haut. Jacques Pilet, européiste convaincu, affirme entre les lignes que l’Europe, celle de l’idéal bruxellois, aurait intérêt à prendre de la graine de ses Polonaises. Le roman donne droit à tout.

La jeunesse aussi, lorsque le talent l’accompagne. C’est le cas d’Élisa Shua Dusapin, prix Robert Walser, prix révélation de la Société des Gens de Lettres pour Hiver à Sokcho, un roman hypnotique, dessiné à l’encre noire sur le blanc d’un hiver entre les deux Corée. Nous sommes très loin des chalets et des pentes enneigées, tout près de la littérature avec une majuscule.

Mais il est un adage auquel les Helvètes tiennent, celui qui assure au voyageur que rien de ce qu’il trouvera hors de son pays ne vaudra les merveilles qui jonchent le pas de sa porte. C’est peut-être la raison pour laquelle le photographe et ancien facteur Jean-Jacques Kissling a consacré son dernier roman, Une vie de facteur, aux « agents auxiliaires de distribution du courrier ». Un récit de portes closes, de voisins, de petites passions violentes et d’apéritifs offerts dès le matin.

Les paquets cadeaux et les bolducs rutilants sont assemblés à la chaîne. Plus que trois jours avant Noël. La star locale et internationale Joël Dicker ravit le coeur des indécis, suivie de très, très près par le Manifeste Incertain 5, la superbe biographie dessinée de Van Gogh par Frédéric Pajak, et Les Fils, le roman noir de la délicate Lolvé Tillmans.

Un seul manque à l’appel. Philippe Becquelin, génial dessinateur de presse sous le pseudonyme de Mix et Remix, emporté par un cancer, a pris ses clics et ses clacs. On annonce des flocons pour le 25.

 

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Ouvrages cités

  • La Suisse est un village, Collectif, Éditions de l’Aire, Vevey
  • Trois saison à Venise, Mathias Zsohkke, Zoé, Genève
  • Polonaises, Jacques Pilet, Éditions de l’Aire, Vevey
  • Hiver à Sokcho, Elisa Shua Dusapin, Zoé, Genève
  • Une vie de facteur, Jean-Jacques Kissling, Héros-Limite, Genève
  • Manifeste Incertain 5, Van Gogh, une biographie, Frédéric Pajak, Noir sur Blanc
  • Les Fils, Lolvé Tillmans, Faim de siècle & Cousu Mouche, Fribourg
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