Littérature étrangère·Un tête-à-tête avec

Un tête-à-tête avec … Ulrich von Liechtenstein

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Né autour de 1200, membre de la noblesse styrienne (dans l’actuelle Autriche) et poète courtois de son état, Ulrich von Liechtenstein est une figure pittoresque de l’histoire médiévale. Il est l’auteur d’ouvrages remarqués, et si bien remarqués que l’on peine à démêler ses vies virtuelles de son existence réelle.

Devenu écuyer à douze ans, puis adoubé par le duc Leopold IV d’Autriche en 1222, il est une figure de la noblesse et un membre éminent de l’armée de Philippe de Sponheim, l’archiduc de Salzbourg démis de ses fonctions par le pape Alexandre IV et refusant de se soumettre à l’ordre papal.

À sa mort, en janvier 1275, Ulrich voit son nom conservé par son fils, Ulrich, deuxième du nom, et par la descendance de ce dernier. Mais les généalogistes voient leurs compétences limitées par l’extraordinaire incertitude qui règne autour de tous les aspects de la vie d’Ulrich von Liechtenstein. En cause, une oeuvre poétique foisonnante et semi autobiographique, qui explore les travers et les tourments de la chevalerie contemporaine et de l’histoire de l’Europe centrale au XIIIème siècle. Dans Frauendienst (Au service de la Belle Dame), l’auteur se met en scène sous les traits d’un héros médiéval qui concentre tous ses efforts pour atteindre son idéal : un mariage avec une Dame de haute qualité. Reprenant les codes de l’amour courtois, il décrit son périple à travers l’Europe, de Venise à Vienne, au cours duquel il provoque en duel tous les chevaliers et gentilshommes qu’il croise. Plus de trois cent lances brisées, et autant de victoires, sont à déposer aux pieds de la Dame.

Ajoutons à cela que von Liechtenstein, soucieux de l’exactitude symbolique et édifiante de sa quête d’un honneur chevaleresque, effectue ses travaux d’Hercule, bat la campagne et combat en duels, sous le déguisement de la déesse de l’amour, Vénus : toge à la romaine, couronne de lauriers, arc de Cupidon et accessoires du folklore païen en main…

Dans la seconde partie de l’oeuvre, Ulrich prend l’identité du mythique roi Arthur (« Artus ») et poursuit sa quête, non pas celle du Graal mais celle de l’honneur viril, qui lui coûtera défaites et mutilations.

En 1257 est publiée la suite du premier poème, Frauenbuch (littéralement Le Livre de la Dame), une élégie qui évoque déjà la tristesse de Don Quichotte confronté à l’émiettement de la tradition chevaleresque. 1011410-amour_courtois

Ulrich von Liechtenstein, sinon par son destin, du moins dans son oeuvre écrite, condense d’une manière étonnante la longue et tortueuse histoire de l’Europe médiévale, depuis ses origines, coulées sur les cendres de l’Empire romain et de ses traditions païennes, éparpillées dans les esprits et les textes profanes et sacrés, jusqu’au délitement de ses codes d’honneur dont Cervantès fait l’état des lieux, donnant ainsi le coup d’envoi de l’âge moderne.

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