Littérature francophone

Romain Debluë à rebours

Le premier roman d’un jeune antimoderne

 

 

Romain Debluë est écrivain, citoyen suisse, coupable d’un doctorat de philosophie sur la pensée conjuguée de Hegel et Saint Thomas d’Aquin. Son premier roman, Les Solitudes profondes, est paru aux éditions helvétiques de l’Aire, basées en la charmante ville de Vevey, et raconte comme personne, vraiment personne n’écrit plus, les tourments d’une mystique adolescente.

Les présentations faites, à la rigueur pourrait-on l’apparenter au premier Huysmans, pour le simple plaisir de le qualifier d’ « à rebours », ce qu’il est, quoi qu’il fasse. Romain Debluë a la langue d’un dandy et l’impudence d’un enfant à la manier. Mature dans la forme et le fond, quasiment puéril dans l’audace, un toupet que l’éditeur du roman, Michel Moret, partage sans réserve.

Nous nous abstiendrons ici de coller sur Les Solitudes profondes l’étiquette « OVNI ». Trop facile. Il s’agit, en quelques mots, de Florine, une jeune fille élevée dans une foi catholique tiède et touchée par la grâce, la vraie, lorsqu’elle entend pour la première fois la musique de Bach et la Messe en si. Mais loin de diluer ses deux cent soixante-quatorze pages dans le vin de messe, le romancier s’empresse de faire faire à Florine ses premières expériences du Mal.

Il évoque le saphisme originel qui rapproche Florine de son amie et alter-ego athée Huguette, formant pour un moment un couple d’héroïnes Hamiltoniennes, et, pour en livrer une paraphrase, touche « à toutes les plaies de l’existence humaine ; mais toujours avec des gants. » Toujours sans pudibonderie, il touche du doigt la vulgarité, l’érotisme, l’inceste, la politique, la violence, la famille, la musique, et l’âme enfin.

Il n’est offert au lecteur aucun instant de répit, aucune bascule dans le lieu commun. Ce dernier est même détourné à des fins narratives. Florine accède ainsi à la conscience de sa finitude par un truisme, « vous avez toute la vie devant vous », frappée de ne pouvoir quantifier ce « toute la vie ».

Le reste est à l’avenant. Il n’y a rien de quantifiable, de saisissable par le résumé, dans Les Solitudes profondes, il n’y a ni début ni fin de l’histoire ; reste à s’y laisser abîmer comme en sa propre solitude. On n’y rencontrera jamais que la face cachée de soi-même.

2960

 

Romain Debluë, Les Solitudes profondes – Les éditions de L’Aire, 274 pages.

 

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