Littérature·Littérature francophone

L’homme qui murmurait à l’oreille de Van Gogh

Dix choses que j’ai apprises sur Vincent Van Gogh en lisant le Manifeste Incertain 5 de Frédéric Pajak…

 

1. Ses premiers rapports avec le dessin et la peinture sont conflictuels. La mère de Van Gogh exige de ses enfants qu’ils reçoivent une éducation classique et artistique, qu’ils apprennent la musique et surtout, à dessiner et à peindre comme elle. Les cours de dessin se résument donc à des séances de copie des tableaux de Madame Van Gogh, bouquets et natures mortes réalistes à l’aquarelle. Vincent s’y ennuie à mourir. Au collège, où il est un élève brillant mais solitaire, il a pour professeur Constantin Huysmans qui enseigne le dessin comme un art appliqué à la croissance économique, ce qui ne convainc toujours pas Vincent.

 

2. Fumer la pipe est le seul remède efficace contre la mélancolie qu’il connaisse, un conseil qui lui vient de son père Dorus.

 

3. C’est une union heureuse – et lumineuse – que celle des applats de couleurs de Van Gogh, la brutalité de ses couleurs, et du trait de Pajak à l’encre de Chine.

 

4. Vincent était convaincu de la correspondance des sons et des couleurs. Adulte, il reprend des leçons de piano pour se frotter à la musique d’aussi près qu’il côtoie les couleurs mais son professeur ne supporte pas ses théories et le renvoie. Il juge également la poésie « plus terrible » que la peinture, qui est « plus sale, enfin, plus emmerdante ». Il lit avec ferveur Dante, Pétrarque, Boccace.

 

5. Ce que Vincent Van Gogh pensait de Paris: « C’est tout de même une drôle de ville que Paris, où il faut vivre en se crevant, et où tant qu’on n’est pas à moitié mort, on ne peut rien y foutre et encore ! ». Son père, à qui il s’oppose méthodiquement dès l’adolescence, est pasteur et fils de pasteur, et tient tous les Français pour des révolutionnaires, de dangereux athées et des incendiaires, Victor Hugo en tête.

 

6. Vincent a tout de même sa « période mystique » et aspire à devenir prédicateur. Son premier sermon prononcé en chaire, le 4 novembre 1876, a pour titre « La tristesse est meilleure que le rire ». Il effraie ses ouailles partout où le mènent ses pas, par sa ferveur religieuse et son intransigeance : « Il aime à se répéter que la plus grande sagesse est de bien se connaître et bien se mépriser. » Dans le bassin houiller du Borinage, au sud de la Belgique, il veut porter assistance aux mineurs mais son abnégation effraie: « Il n’a de pire ennemi que lui-même. »

 

7. La misère l’inspire par-dessus tout. Il recrute ses modèles dans la rue, sur les trottoirs, à la soupe populaire, parmi les nouveaux prolétaires… Il vivra en ménage durant plusieurs années avec Cien, une prostituée alcoolique qui ne lui prodigue aucune tendresse mais lui donne, semble-t-il, un fils. Résigné : « Plutôt vivre avec une méchante putain qu’être seul. ». Son mépris pour le progrès s’aiguise: pour lui, la civilisation européenne est malade, tout finira bientôt, comme pour lui, dans une grande révolution, et la société ne tient son salut que de la charité et des classes les plus pauvres. Même s’il ne suscite pas de mouvement particulièrement sympathique de leur part. Il a rencontré à Arles Jeanne Calment, la doyenne des Français décédée à 122 ans. Elle rapporte qu’il « était vraiment la laideur personnifiée. »

 

8. Ses relations avec les autres peintres sont aussi orageuses. Il cherche la solidarité entre les infortunés de Montmartre et projette de créer une association des artistes « du petit boulevard », par opposition aux impressionnistes qui faisaient fureur sur les Grands Boulevards. Adolphe Monticelli, que Van Gogh n’a pas l’occasion de connaître, est le maître qu’il revendique le plus volontiers, aux côtés de Mauve, Israels, Seurat… Il s’attire la sympathie de Toulouse-Lautrec et de Camille Pissarro. Après quelques semaines de cohabitation chaotique avec Gauguin, ce dernier décide de partir, Vincent le poursuit, menace de le poignarder et c’est alors qu’il s’inflige la fameuse mutilation à l’oreille.

 

9. Le destin de ses toiles laisse songeur. « Il a laissé de nombreuses toiles au Dr Peyron qui ne les estime guère, raconte Pajak, – et qui laissera son fils en faire des cibles pour s’exercer à la carabine. Un photographe de la région, peintre à ses heures, en récupérera quelques unes ; à l’aide d’un grattoir, il effacera la peinture et utilisera la toile pour lui. »

 

10. Sa mort est non élucidée. La conclusion la plus évidente était le suicide, mais il n’est pas exclu que la balle qui l’a tué, reçue dans l’abdomen, ait été tirée malencontreusement par un fils de famille en villégiature à Auvers-sur-Oise.  Il dit à son frère Theo, qui tente de le réconforter alors qu’il est agonisant, « C’est inutile, la tristesse durera toute la vie ».

 

9782882504333

Frédéric Pajak, Manifeste Incertain 5 – Noir sur Blanc

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