Philosophie et essais étrangers

Le fabuleux destin de Diane von Furstenberg

« On est toujours avec soi-même et je suis heureuse d’avoir été ma propre complice. »

C’est ce que déclare une femme d’affaires accomplie et glamour au seuil de la vieillesse, récitant sans nostalgie son chapelet de souvenirs dans l’intention louable de servir d’inspiration aux milliers de femmes qui la liraient. Nous sommes, dès l’avant-propos des mémoires de la créatrice de la robe-portefeuille en jersey Diane von Furstenberg, La femme que j’ai voulu être, enfermés dans un double carcan. Le premier, celui de la pensée positive à l’emporte-pièce qui pullule sur les réseaux sociaux, entre assiettes de tofu, postures de yoga et devises New Age finissant par lasser ou pire, devenir dangereuses pour la santé mentale. Le second, celui du livre pour bonnes femmes. C’est écrit en quatrième de couverture, en rose, c’est un argument de vente signé Kate Moss : « Toutes les femmes vont adorer ce livre. »

C’est la seule excuse, et encore, que l’on peut invoquer pour justifier la médiocrité de la traduction.

Est-ce à dire que les hommes ont intérêt à passer leur chemin ou qu’une femme que le livre n’édifierait pas n’en serait pas vraiment une ? Voilà un débat boueux dans lequel la très chic princesse par alliance Diane von und zu Furstenberg etc. ne s’engagerait certainement pas.

Les premiers chapitres sont consacrés comme il se doit à son enfance. Sa mère, rescapée des camps nazis, inculque à Diane et à son frère Philippe une éducation toute de rigueur et de dépassement de soi. « Elle voulait que je sois forte et que je n’aie peur de rien. » En cela, Lily Nahmias, résistante belge, a réussi. Diane est issue d’une lignée de femmes de caractère, c’est peu dire, puisque sa mère, pour éviter d’être soumise à la torture, se prétend juive et doit la vie à l’intervention du docteur Mengele dans le tri des déportées à l’arrivée à Auschwitz. L’un des nombreux mantras semés dans les mémoires de sa fille est inspiré de cette expérience vertigineuse: ce qui semble être la pire chose pour le moment s’avérera peut-être la meilleure demain.

Diane von Furstenberg se raconte petite fille jouant à la grande, rêvant d’élégance, complexée, puis comme mère, business woman, survivante d’un cancer de la langue et du pharynx, richissime reine de New York dans les années soixante-dix, vivant une perpétuelle « moveable feast » selon le mot de Hemingway. Frous-frous, mondanités, princes de Hollywood et magnats italiens, fêtes chez Brigitte Bardot, sports d’hiver, croisières dans les mers chaudes: la vie de Diane von Furstenberg ressemble à un conte de fées, elle ne s’en défend pas, admettant volontiers et même assez souvent qu’elle est une incroyable privilégiée.

Mais on demeure loin du livre pour ménagères et la question préliminaire ne peut que se poser à nouveau, plus insistante. Est-ce qu’une femme comme Diane von Furstenberg ne peut être un exemple que pour les autres femmes ? Aventurière, courageuse, philanthrope, honnête avec elle-même et les autres, ne s’apitoyant pas une seconde sur sa condition de femme, elle est en fait devenue un héros.

« Je vivais mon rêve: une vie d’homme dans un corps de femme. »

 

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Diane von Furstenberg, La femme que j’ai voulu être, Flammarion – 321 pages.

 

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