Littérature·Littérature francophone

Rentrée littéraire: roman d’automne à Vienne

Un autre jour pour mourir, le deuxième roman de Carole Declercq (après Ce qui ne nous tue pas… en 2015) est un roman pour l’automne: chaud, équilibré, confortable et enveloppant.

De facture classique, la narration et le rythme sont bien maîtrisés. À peine quelques vacillements, quelques incertitudes, qui font glisser le roman sur une pente sentimentale dont on se passerait. Mais avec Bach, Zweig et Schnitzler comme maîtres, la romancière se reprend vite.

Il y a dans cette romance à la mode viennoise et véronaise de la délicatesse, des nuances et de la vérité. Oserions-nous dire, de l’authenticité ? En tout cas, la métaphore qu’on y croise n’est ni gratuite ni creuse. Le déluge de détails est digeste, les indispensables cartes postales, le Café central, Schönbrunn, le violoniste torturé, sonnent juste. C’est à la fois un morceau de musique et un tableau: Carole Declercq a saupoudré ses pages des couleurs de l’automne ; l’auburn des cheveux de Stéphanie, la lueur chaude des bougies, le bois vernis des violons et des archets, le jaune du cartouche de la Deutsche Grammophon… C’est un roman de coin du feu, de feuilles mortes, un herbier du temps jamais vraiment perdu.

 

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« Comme un rendez-vous avec l’inévitable », Stéphanie vient trouver le remède à une peine de coeur dans les leçons particulières et rares du virtuose septuagénaire Stefan Fraundörfer. Sur leur amour cruel, inavouable, plane un cynisme aux accents Mitteleuropa parfaitement intégrés. Il y a le Schnitzler de La Ronde, Mademoiselle Else, de Gloire tardive, du Retour de Casanova, et les blessures de Seconde guerre de Zweig.

Bien qu’à moitié suissesse par son père, Stephanie Rettner choisit la voie la plus escarpée. Elle sauve de la mort son maître Fraundörfer, épouse ses démons, se charge de balayer ses fantômes en même temps que ses scrupules. Un demi-siècle d’Histoire les sépare. « Dans quel monde les vieilles carnes ont-elles encore le droit d’avoir un coeur qui soupire ? » Dans les romans, au moins. Remercions Carole Declercq de nous en avoir donné une si jolie preuve.

 

 

Carole Declercq, Un autre jour pour mourir – Terra Nova, 304 pages.

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