Littérature·Littérature francophone

Jérôme Leroy, maniaque des fins de saison …

Depuis son premier roman, et même avant, Jérôme Leroy ressemble aux années cinquante. Il ne les a pourtant pas connues. L’Orange de Malte, réédité par la Thébaïde cette année, est paru en 1990. Son jeune auteur prometteur avait vingt-cinq ans. A-t-il jamais cessé, dès lors, à l’instar de son personnage, Kléber, de traîner sur les plages en septembre et de vider les bibliothèques des maisons de vacances ? Il suffit de le voir pour se convaincre que non. Cette réédition pêche d’ailleurs par un côté: on aurait préféré lire et relire L’Orange de Malte dans une édition de poche, du sable entre les pages. Son heure viendra. Un mot encore pour comprendre à quel point ce roman est, dans le bon sens du terme, fondateur: il raconte « tout le bonheur qu’un écrivain mort (Roger Harvey, vrai-faux hussard) peut apporter à un jeune homme triste (Kléber, vrai-faux Jérôme Leroy) ».

 

La seule crainte qui effleure l’auteur et son héros: mourir « d’un infarctus, comme un cadre supérieur ». Rien de plus intolérable que le temps qui passe, les figures et les souvenirs ternis, les chanteurs et les écrivains qui ne disent plus rien aux lycéennes d’aujourd’hui. « On ne devrait jamais faire de bilan » suggère Kléber. C’est pourtant chose faite. Devenu par fatalité, car aimer les années cinquante implique de se rendre souvent aux enterrements, au moins en pensées, docteur ès nécrologies déchirantes, Jérôme Leroy publie Loin devant !, recueil d’oraisons funèbres éclectiques. Y figurent naturellement François Nourissier, Maître Capello, Michel Mohrt, Frank Alamo et Patrick Swayze, mais aussi Thierry Roland, Oussama Ben Laden, Amy Winehouse, Clément Méric et Paul Lafargue, à l’occasion du centenaire de sa mort. Alcool, cigarettes américaines, manifs de gauche et géopolitique, tout ce monde cohabite dans la tête et les souvenirs de Jérôme Leroy. Loin d’être une fosse commune, son Loin devant ! est le tableau d’une triste époque où les idoles tombent comme des mouches. Pas si grave. Il nous reste la voix d’Amy, quelques vieux livres de poche et les héroïnes de Rohmer pour finir la saison.

  

  

Jérôme Leroy – Loin devant ! Oraisons funèbres pour Thierry Roland et autres personnages illustres de ce temps, L’Éditeur, 260 pages, 18 euros / L’Orange de Malte, La Thébaïde, 188 pages, 16 euros.

 

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