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Islamophobie: délit ou arnaque ?

À l’occasion des tristes événements récents et des débats qu’ils ne manquent pas de susciter, je republie ici un article rédigé après les attentats du mois de janvier à Paris.

Mercredi 7 janvier au soir, sur l’antenne de RTL, s’est produit un incident ordinaire : face à l’injonction d’Ivan Rioufol qui réclamait que les musulmans de France se désolidarisent fermement et massivement des assassins de Charlie Hebdo, Rokhaya Diallo, de confession musulmane, a fondu en larmes et dénoncé un amalgame injuste. Et les auditeurs d’abonder en tweets d’insultes ou autres accusations d’islamophobie à l’adresse d’Ivan Rioufol comme, de son propre aveu, c’est la coutume à chacune de ses apparitions médiatiques. « L’islamophobie est devenue un délit, c’est surtout un piège. »

C’est sur cet objet trouble, ce piège tendu aux « mal-pensants » que se sont penchés Isabelle Kersimon et Jean-Christophe Moreau dans leur ouvrage Islamophobie, la contre-enquête. S’appuyant sur une étude fouillée et chiffrée, ils mettent au jour la fragilité des fondements sur lesquels repose aujourd’hui le « sentiment d’hostilité » dont on estime victime la communauté musulmane.

Est-il islamophobe de refuser à l’islam une dérogation aux principes fondamentaux de l’état de droit ? Nul ne s’aviserait de répondre par l’affirmative. C’est pourtant, si l’on en croit les auteurs, le mécanisme à l’oeuvre au sein des deux organisations chargées de prendre le pouls des tensions entre musulmans et non-musulmans sur le sol français, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), association indépendante créée en 2003 et l’Observatoire national contre l’islamophobie (ONCI), créé en 2010 après concertation entre le Conseil français du culte musulman et le Ministère de l’Intérieur. D’une manière générale, il apparaît à la lecture des études rassemblées dans l’ouvrage que le « chiffre noir de l’islamophobie » est une pure invention statistique, reposant sur une interprétation biaisée des données sur les délits et crimes commis à l’encontre des musulmans. L’expulsion d’imams radicaux, les agressions perpétrées par des individus instables mentalement ou n’ayant pas pour motif l’appartenance de la victime à cette religion, sont classés pêle-mêle parmi les actes islamophobes par le CCIF. Le critère de base pour qu’un acte reçoive cette qualification étant qu’il ait été ressenti comme tel par la victime, l’objectivité a de beaux jours devant elle en la matière.

Parallèlement à cela, le CNRS a mené en 2012, à la demande de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, une enquête d’opinion fondée sur une « échelle de l’aversion pour l’islam ». Les personnes interrogées étaient invitées à déterminer si des pratiques telles que le port du voile, le jeûne ou la prière à heure fixe constituaient un obstacle à la vie en société. Seuls les témoins ayant répondu « pas du tout » furent lavés de tout reproche, les autres, frappés d’anathème. La condamnation scientifique s’ajoute ainsi à l’opprobre idéologique.

Ce dernier puise ses racines dans l’inconscient le plus trouble de notre société, encore traumatisé par les « heures sombres de son Histoire » : l’islamophobie est un concept construit sur le modèle du bouc-émissaire, comme c’est le cas pour n’importe quelle violence dirigée contre une minorité.Que les musulmans de France ont hérité de la place des Juifs dans l’Europe des années 1930 est une idée répandue dont on imagine aisément le pouvoir de persuasion.

En tout état de cause, c’est en refusant de faire de l’islamophobie un fait social total et univoque que l’on peut espérer rétablir une vision saine de la société. Les victimes de l’hostilité envers les musulmans existent : elles sont atteintes dans leur dignité par les déformations statistiques du CCIF. L’islamophobie, pour autant, n’est pas une faute collective de la société française. C’est l’équilibre entre haine de soi et haine des autres qu’ont en vue Isabelle Kersimon et Jean-Christophe Moreau, par-delà les déchirements communautaires, la démystification étant la rançon de l’harmonie retrouvée.

Une seule interrogation subsiste : à qui profite le crime ? Quelles motivations animent les organisations qui gonflent les chiffres des affrontements communautaires ? La prétendue concurrence victimaire entre CCIF et CRIF (Conseil représentatif des Institutions juives de France) est pointée du doigt sans conviction. D’autres pistes inexplorées s’offrent aux très mal-pensants qui voudraient s’y risquer.

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Isabelle Kersimon et Jean-Christophe Moreau, Islamophobie, la contre-enquête – Plein Jour

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