J'ai lu après tout le monde·Littérature francophone

J’ai lu après tout le monde: Garce de vie…

Oskar Freysinger, cow-boy au coeur tendre

S’il ne vous restait qu’une année à vivre, que feriez-vous ?

Question que l’on s’est toujours posée, depuis les variantes du questionnaire de Proust entre gens de bon goût après le dessert jusqu’aux portraits chinois des magazines féminins; et l’on n’aura jamais fini d’y répondre. Cette situation se présente rarement, jamais avec certitude, et Van Cleef, le héros de Garce de vie, aurait dû se souvenir de cette remarque. En parfait américain moyen, au seuil de la cinquantaine, Van Cleef s’emmerde. Entouré de tout le confort pour dormir tranquille et de la famille idéale pour occuper ses dimanches, il ne s’est jamais senti aussi enfermé. La libération viendra comme souvent de là où on ne l’attendait plus: de lui-même.

Alors qu’il s’attendait à un énième sermon sur son taux de cholestérol et une énième interdiction de boire de la bière en mangeant des chips sur son canapé, il reçoit en pleine figure l’annonce magique: une tumeur de la taille d’un pamplemousse a fait son nid entre le coeur et les poumons, il lui reste un an à vivre.

Envolée, la famille parfaite, balayé le pavillon de banlieue, sur les roses la hiérarchie et la conscience professionnelle, Van Cleef, avant de ne plus être, veut s’appartenir réellement, lui qui souffrait de passer à côté de sa vie veut la brûler par les deux bouts, la faire tourner en bourrique, la baiser comme elle le mérite.

Il s’embarque dans un road-trip, change d’identité comme d’État, commet des braquages dignes des meilleurs scénario d’Hollywood, jusqu’à ce que…

Normalement, à Hollywood, le cow-boy solitaire, à ses heures gentleman cambrioleur, est freiné dans sa course par l’apparition de la pureté en bikini. Van Cleef s’en croit dispensé: il la croise bien, cette vierge new-yorkaise paumée et prête à s’ouvrir les veines sur un banc de Central Park. Ému une minute, il l’empêche de commettre l’irréparable, lui donne sa fortune mal acquise et disparait à nouveau.

Il tente un dernier saut depuis un building de Wall Street, atterrit sur le matelas tendu par les pompiers, et le réveil est rude. Une erreur de diagnostic, l’étourderie de son médecin, ont seules métamorphosé sa vie en western, pour rien. Au bout de son périple, il ne trouve que les barreaux d’une prison, et le temps de réaliser que sa liberté ne s’est jouée que sur un écran de cinéma. On ne s’échappe pas davantage d’un pénitencier que de sa propre imagination. La vie, elle, a toujours le dernier mot: Van Cleef aura les cent cinquante ans de sa peine pour tenter de trouver une issue.

 

Oskar Freysinger, Garce de vie – Éditions Attinger, Suisse, 2012

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