Littérature étrangère·Publications

Emanuel Carnevali, rêveries d’un écorché.

Emanuel Carnevali est ce que la tradition appelle un écorché vif. Né en Italie à la fin du XIXème siècle, battu par son père, battu par sa mère, héroïnomane qu’il adore et qui meurt alors qu’il n’avait pas dix ans, battu par ses cousins dont l’un dévorait des cigales vivantes, chassé de son collège à cause de ce que l’on nommait alors une « amitié particulière », émigré pauvre aux Etats-Unis, exerçant tous les petits métiers du monde… Ce parcours prêterait à rire s’il n’était pas exposé le plus sérieusement du monde.

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Son auteur, de retour en Italie, y meurt en 1942 rongé par une encéphalite. Est-elle la cause ou la conséquence de son oeuvre littéraire hors-normes ? Lui-même semble peiner à le déterminer: « Mon visage révèle une envie d’exploser, que cette explosion est imminente. (…) Sur mon visage, il y a tout à la fois la lutte des idées, des impressions, des sensations anciennes et dépassées. »

Le jeune Emanuel, tel qu’il se peint, est un romantique; déborde d’un amour naïf, quasi-universel et toujours déçu. Depuis Chicago, il livre des vignettes, croquis, récits de voyages, de rêves et de souvenirs. Son écriture – il choisira l’anglais, sa langue d’adoption – est sobre, lancinante et envoûtante. C’est un flirt célinien avec les limites de la conscience: « cet acarien, de la peau sur les os, était assis près de la fenêtre, comme d’habitude, dans l’attente de voir ses rêves se réaliser. Il croyait que pour qu’une chose arrive, il suffisait de beaucoup en rêver. »

Et Carnevali rêvait jour et nuit, énormément, sans se soucier de ceux dont il faisait l’admiration, William Carlos Williams, Sherwood Anderson et Robert McAlmon en tête. Ezra Pound le considérait comme un grand, il le qualifiait en retour de « vieil enquiquineur de la littérature américaine (…) qu’un eczéma littéraire démange » et ne lui pardonnait pas son engagement fasciste.

Elégant désespéré, nonchalant sublime, asocial adorable, Emanuel Carnevali est son premier et unique dieu; le royaume de ses songes ne rencontrant comme écho qu’un miroir brisé dans lequel son visage déformé n’osait plus se plonger.

Dernière bonne nouvelle, les éditions La Baconnière annoncent la sortie prochaine de deux autres volumes rassemblant les poèmes et la correspondance de l’auteur.

 

À lire aussi dans le numéro de septembre du Service Littéraire.

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Emanuel Carnevali, Le premier dieu et autres proses – La Baconnière, 308 pages, 18€

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