Philosophie et essais francophones·Publications

De l’athéisme chez Kant

Quiconque a un jour jeté les yeux sur l’histoire de la philosophie sait que, mathématiquement, une rencontre entre Spinoza et Kant est improbable. Kant est né en 1724, Spinoza est mort en 1677, un tel rapprochement relève donc au mieux du fantasme d’exégète, au pire du délire ou de l’erreur de débutant. Les kantiens comme les spinozistes, d’ailleurs, rechignent aussi traditionnellement à ce mariage: Kant fait peu mention de l’oeuvre de Spinoza et presque toujours avec inexactitude.

Carl R. Bolduc, spinoziste et professeur de philosophie à Montréal le sait, et il prend le pari de faire mentir ces préjugés défavorables.

En quel honneur ? Ou, si l’on préfère, sur quels critères se fonde-t-il pour soutenir une thèse aussi improbable ? Prudent, parfois audacieux mais pas téméraire, l’auteur entend par-dessus tout jeter des ponts entre le Traité Théologico-Politique et l’essai sur La Religion dans les limites de la simple raison. Là se trouveraient des indices d’une réelle connivence, d’un accord tacite sur trois problèmes particuliers et que nous n’avons, d’ailleurs, pas terminé d’élucider: la liberté de philosopher, les liens entre morale et religion, et par extension, entre foi privée et culte public, et l’herméneutique biblique, pour ce qu’elle constituait alors un instrument efficace contre la censure et un pare-feu aux excès superstitieux.

 

(…)

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Cette « rencontre paradoxale » entre Spinoza, le spinozisme, Kant et le kantisme fait apparaître deux figures du philosophe, deux visions radicalement opposées de ce que doit être son rôle au sein de la société. D’un côté, le savant retiré des affaires du monde, regardant de haut les controverses même lorsqu’elles atteignent ses propres écrits; de l’autre, l’homme engagé dans le monde, excommunié et poignardé, synonyme universel d’athéisme, la pire transgression politique que l’on puisse imaginer, même au siècle des Lumières…

Ce qu’il nous reste à apprendre de ces hommes dont les idées sont plus voisines que ce que Kant aurait voulu laisser croire, c’est que les stratégies du secret et de la prudence sont, en philosophie, des digues qui ne soutiennent pas l’épreuve du temps. En mettant le doigt dans l’engrenage de la critique et de la dénonciation systématique des superstitions, Kant était déjà plongé jusqu’à la ceinture dans l’athéisme politique animé par le spinozisme.

 

Kant et Spinoza, Rencontre paradoxale – Carl R. Bolduc, éditions Le Félin, 135 pages, 19,90€

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À lire en entier dans le double numéro d’août.

 

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